Œuf à l'élastique !!!

L’Œuf à l’élastique !!
Quelle fut ma surprise en longeant les falaises des Ramades sur la commune de Buoux le 12 décembre de découvrir à la perpendiculaire d’une cladode* de Fragon (Ruscus aculeatus), un œuf de Chrysope !!




Chrysope, qui es-tu ? 
Surnommée la "mouche" aux yeux d’or, la Chrysope est un insecte Névroptère * de 10 à 15 mm de long aux ailes translucides avec de longues et fines antennes. Elle est essentiellement nectarivore et se nourrit aussi de pollen et de miellat de pucerons Elle passe l’hiver à l’abri à l’état adulte et peut pondre dès le mois de février. L’œuf est fixé à l’extrémité d’un fin pédoncule à la perpendiculaire d’une feuille, ce qui peut être considéré comme une protection vis-à-vis des prédateurs.





La larve dévore pucerons, aleurodes, acariens et araignées rouges et à ce titre, est utilisée dans la lutte biologique comme auxiliaire.







Les Mantispes sont également des Névroptères qui pondent des œufs de cette façon mais les pédoncules sont plus courts !


* Cladode : ce terme désigne un rameau ressemblant à une feuille. La présence sur ce rameau de fleurs de fruits confirme sa nature caulinaire
 *névroptère : ordre d’insectes caractérisé par des ailes disposées en toit sur le corps au repos, avec un réseau de nervures très serré et dont les larves sont carnassières

Attaque du papillon du palmier, chez nous !

Mardi 22 novembre 2016, à l’issue de notre conférence mensuelle au lycée d’Apt, Yannick et Claude Fournier ont apporté un petit bocal contenant une quinzaine d’exuvies (de mues) de chrysalides du papillon du palmier Paysandisia archon !

Aussitôt alertée, je suis allée voir chez eux, aux hameaux des Cordiers, sur la commune de St-Saturnin-lès-Apt, le palmier attaqué et mort.
Il s’agit d’un palmier du genre Trachycarpus et plus précisément de Trachycarpus fortunei reconnaissable à ses palmes en éventail et non pennées comme celles du genre Phoenix par exemple.

Yannick m’a signalé l’attaque de trois autres palmiers en plein centre de St-Saturnin-lès-Apt, au-dessous de la pharmacie, et en y allant pour faire des photos, j’en ai découvert deux autres au-dessus du parking de la maison de retraite.



Je pense qu’il serait intéressant de recenser ces attaques sur les communes du Pays d’Apt.

L’abattage partiel du palmier des Cordiers a eu lieu dimanche 27 novembre et nous avons récupéré le maximum de matériau (fibres, cœur décomposé) pour trouver tous les stades du papillon !

C’est ainsi que nous avons trouvé un grand nombre de chenilles dont la majorité étaient au stade ultime de la croissance et donc prêtes à se nymphoser, mais il y avait d’autres plus jeunes de 3 à 4 cm.


Il y avait également des œufs mais vides donc blancs et troués (visibles à la loupe binoculaire !).


Mais nous avons eu plus de mal à trouver, en dépiautant des fibres très serrées, des cocons vides ou contenant des nymphes.


L’ensemble de cette récolte a été placé dans deux terrariums pour la confier à Alain Camard, entomologiste qui en fera une étude et un élevage si possible pour avoir la sortie des adultes et ensuite les éliminer très méticuleusement !

Le Ravageur : Paysandisia archon

D’où vient-il ?


Originaire de l’Amérique du sud, Uruguay, Paraguay, Brésil et du centre de l’Argentine. Les premiers cas recensés datent de 2001 en France suite à une importation de palmiers. C’est uniquement la larve qui est responsable des dégâts sur les palmiers tout particulièrement le Trachycarpus fortunei, le Chamaerops humilis et le Phoenix canariensis

Description de ce papillon et cycle biologique


C’est en fait un assez grand papillon d’une envergure de 9 à 11 cm qui ne passe pas inaperçu en vol de jour alors qu’au repos ses ailes antérieures repliées en toit, de couleur vert-bronze avec quelques stries le rendent peu visible !

Les ailes postérieures sont rouge-orange avec une bande noire interrompue par 6 taches blanches du plus bel effet.





Il existe un dimorphisme sexuel : les femelles sont plus grandes que les mâles et surtout possèdent un ovipositeur* (organe de ponte) saillant à l’extrémité de l’abdomen.




Ce papillon actif en été se caractérise par une seule génération annuelle mais son cycle biologique complet peut durer 1 à 2 ans selon le développement des stades larvaires.


La femelle pond entre 140 à 200 œufs en une dizaine de jours. Ceux-ci sont déposés près de la couronne sommitale du stipe* (sur le plan anatomique les palmiers n’ont pas de vrai tronc comme les Dicotylédones) à l’aisselle des jeunes palmes. Ces œufs sont de la taille d’un grain de riz et possèdent 7 petites côtes longitudinales caractéristiques.





À l’éclosion, deux à trois semaines après, les jeunes chenilles pénètrent dans les tissus du palmier en creusant de longues galeries. Ces larves vont subir plusieurs mues avant d’atteindre leur taille maximale d’environ 8 à10 cm !






A ce stade, elles vont entrer en nymphose et pour cela vont confectionner un cocon de fibres du palmier difficilement repérable dans la masse de la couronne. À l’intérieur du cocon la chrysalide ne bouge pas, ne mange pas et va être le siège de transformations considérables puisque ses tissus se liquéfient préparant ceux qui donneront les tissus de l’imago (adulte).


On parle alors de métamorphose complète. La dernière mue pour donner l’adulte appelée mue imaginale a lieu en principe en été ; c’est alors que l’on peut trouver le long et au pied du stipe les exuvies…

Les symptômes

  • Justement la présence d’exuvies sur le stipe surtout en été
  • Dépérissement du palmier
  • Perforations des palmes
  • Dessèchement anormal des palmes

Moyens de lutte


Plusieurs articles sur internet sont consacrés à ce sujet

Lutte physique


En 2006, l'équipe montpelliéraine a mis au point une glu, composée d'huiles végétales, de colophane et de latex naturel.

Voir l’article de PELTIER J.-B. (2007). Une glu salvatrice contre le ravageur de palmiers, Paysandisia archon. INRA, 9 pp. (télécharger)


Lutte biologique

Traitement avec des vers nématodes endopathogènes Steinernema carpocapsae ou de spores de bactéries Beauveria bassiana.



Article rédigé par Marie-Thérèse Ziano

Conférence - Oiseaux d'hiver au jardin

Pierre Even, passionné de photographies depuis de nombreuses années, vous propose une sélection de photographies et vidéos d’oiseaux réalisées en hiver près des mangeoires et autour de la maison située en bordure de la ripisylve de la Riaille.
Parmi ces photographies, certains oiseaux sont pris en vol avec l’objectif de montrer leur fantastique agilité, d’autres tels les pics épeiche nous ont surpris par la rapidité de leur venue sur un arbre transformé en mangeoire.
Diversité des oiseaux photographiés : mésange bleue, mésange charbonnière, pinson des arbres, pinson du nord, chardonnerets, tarin des aulnes, rouge-gorge, rouge-queue…….

Les Chemins de traverse à Viens



Jeudi 1 er décembre 2016 en compagnie de Stéphane Legal

La météo avait annoncé une journée ensoleillée ! Nous avons eu un brouillard quasi permanent avec des températures comprises entre 3 et 6 ° ! Le soleil a timidement voulu se montrer vers 16 h.

Voici notre itinéraire soit environ 8 km 500


Premier arrêt à la sortie de Viens : le Belvédère 


Sur une placette aménagée pour offrir un point de vue, on découvre (on pourrait découvrir) :
  • Face à nous, la série oligocène formée d'une alternance de formations calcaires et marneuses. Ces roches se sont mises en place dans un milieu lacustre il y a 30 millions d’années. Dans la carrière d'argile, des empreintes de pas de mammifères (rhinocéros) ont été trouvées. De nombreux poissons, une tortues, etc. ont été trouvés dans ces formations. 
  • Dans le virage, de gros blocs formés par l’empilement de couches renfermant du sable, des petits galets, des coquilles souvent brisées : c’est la molasse burdigalienne, déposée il y a 20 millions d’années, au Miocène, dans la mer. On pourrait comparer ces épais dépôts sableux aux grandes quantités de sables déplacées par les courants de marées dans la baie du Mont St-Michel. 

Deuxième arrêt : chemin sous la route

 Le long du chemin, nous rencontrons :


  • De nombreux Champignons : des Grisets ou Tricholomes terreux Tricholoma terreum ; une Amanite ovoïde ou boulet blanc Amanita ovoidea, des Hygrophores non déterminés…
  • Un jeune Pin sylvestre Pinus sylvestris, c'est l'occasion pour nous de revoir les « Conifères » et de définir le genre Pinus ! (voir rubrique Conifères *) 
  • Des Cornouillers sanguins Cornus mas reconnaissables à leurs rameaux rougeâtres dressés car récemment coupés au bord du chemin 
  • Des genévriers communs Juniperus communis, mâles et femelles, ces dernières avec des fausses « baies » vertes ou noires selon la maturité, appelées galbules. 
    On longe une zone de déprise des milieux agricoles envahie par des Spartiers et des Genêts cendrés
  • Des boules de Gui Viscum album : de la famille des Santalacées . C'est une plante à port en boule à feuilles opposées, hémiparasite sur les rameaux d'arbustes et d'arbres.
    L'espèce est dioïque c'est à dire qu'il existe des pieds mâles et des pieds femelles.
    Les fleurs mâles verdâtres possèdent 4 tépales longs et les étamines sont plaquées dessus, chez les fleurs femelles les 4 tépales sont courts. Le fruit est une baie bien connue qui devient pulpeuse et visqueuse à maturité durant l'hiver : on en extrait la glu. Les oiseaux en sont friands tout particulièrement les Turdidés (Merle et Grive).
    À ce sujet lire les numéros de la Hulotte 48 et 49! 

  •  Des Fougères : la Doradille ou Cétérach officinal Asplenium ceterach, avec sa face inférieure couverte d'écailles dorées, et un Capillaire, Asplenium trichomanes ?
    Asplenium ceterach


 

 

 

 

 

  Troisième arrêt : la fontaine de la Gourguette


Autrefois elle était alimentée par une mine d’eau, dont on voit l’ouverture de l’autre côté de la route, qui a détruit vraisemblablement l’arrivée de l’eau.
Nous observons deux arbres qui ont en commun la présence de bourrelets de liège sur leurs branches : un Orme champêtre ou Ormeau Ulmus campestris et un Erable champêtre Acer campestre (ce qui est rare de pouvoir les comparer côte à côte d'autant que là il n'y a quasiment plus de feuilles !).

Ulmus campestris
Acer campestre




Quatrième arrêt : après le col des quatre chemins 


Nous suivons un chemin en bordure d’un champ, souligné par une rangée d’arbres, spontanés ou plantés. On rencontre :
  • des Cèdres de l’Atlas Cedrus atlantica avec leurs aiguilles en touffe, comme celles du Mélèze 
  • des Pins: Pin noir Pinus nigra subsp austriaca, Pin sylvestre Pinus sylvestris et Pin pignon ou Pin parasol Pinus pinea 
  • de nombreux Prunelliers Prunus spinosa 
  • un Perussier ou Poirier faux-amandier Pyrus spinosa, aux rameaux épineux et aux fruits très petits, âpres et durs qui peuvent se consommer après blettissement
  • un Sorbier domestique Sorbus domestica 
  • des Clématites vigne- blanche, aux stigmates plumeux retenant de fines « perles » d’eau
  • la Bonjeanie hirsute ou Pied de Coq Lotus hirsutus, Fabacée ici abondante et de grande taille, Christiane nous dit que ces feuilles recouvertes de poils abondants et doux sont utilisés par la Pie-grièche pour la construction de son nid.
  • d'autres Champignons: Hydne pied-de-mouton, Tricholome terreux en touffe, Hygrophore limace ou "baveux" aux lamelles lardacées, Lactaire à lait jaune .. 
  • enfin, un Myxomycète, le Fuligo cinerea, en phase amiboïde, sous forme de masses blanches accrochées à des branches tombés sur le sol et capables de s’y déplacer légèrement.
Pinus nigra subsp austriaca
Prunus spinosa
Bonjeanie hirsute ou Pied de Coq Lotus hirsutus
Fuligo cinerea

Le chemin passe ensuite sur une dalle de calcaire oligocène inclinée vers le sud-est. Elle souligne la déformation miocène qui a rajeuni les plis du Luberon et de la chaîne Ventoux-Lure.

Cinquième arrêt : la dalle à empreintes de pas de mammifères de Viens

A la recherche des empreintes de rhinocéros...

La dalle à empreintes est un site classé en Réserve Naturelle Nationale géologique. C'est un site exceptionnel : une soixantaine de dalles à empreintes de pas de mammifères ont été décrites dans le monde et 8 se trouvent dans le Parc naturel régional du Luberon.
Le gisement de Gignac-Viens se présente sous la forme de deux dalles séparées par le GR et présentant un pendage de 15° environ. Ce site a été daté grâce aux fossiles continentaux (Limmnea longiscata, Potamides laurae..) et
Megapecorida velox
correspondant au Rupélien inférieur, c'est à dire à la base de l'Oligocène inférieur 33 millions d'années : il s'agit de la formation des calcaires de la Fayette.
Les études combinées des empreintes avec celles des sédiments permettent de penser que le milieu était ouvert, de type savane avec des lacs à niveau variable selon l'évolution du climat. Sur ce site, on a trouvé 203 empreintes ! appartenant à quatre types d'ichnites (c’est-à-dire de traces) de mammifères
  • des empreintes attribuables à un périssodactyle (ongulé à nombre impair de doigts) vraisemblablement de l'espèce Rhinoceripeda voconcense
  • des traces d'artiodactyles (ongulés à nombre pair de doigts) de taille moyenne de l'ichnoespèce Megapecorida velox attribuée un chevrotain (Gelocidés...) ou plus grande attribuée à Entélodon
Non seulement, il y a des empreintes mais elles correspondent à des pistes qui ont une direction privilégiée vers le nord-ouest suggérant que les animaux se dirigeaient vers un point d'eau ! D'autre part, les associations de pistes témoignent d'une certaine vie en groupe pour au moins 4 individus appartenant au premiers Rhinocérotoides d'Europe occidentale.


En effet à l’Eocène (-50 millions d’années), de nombreux Mammifères vivaient dans notre région, dont le fameux Paleotherium magnum de la Débruge. A la limite Eocène-Oligocène, tous ces animaux disparaissent ; le bras de mer qui séparait l’Europe de l’Asie se retire, permettant le passage de nombreux animaux, dont le Rhonzotherium, dont nous voyons les pas, qui a occupé une niche écologique laissée vide.
C’est une région de lacs, aux eaux calmes, peu profondes avec une sédimentation fine et abondante. Les animaux qui traversaient ont laissé des marques, véritables pistes, qui ont été protégées par une couche de boue qui s’est déposée dessus. Le plissement ultérieur a redressé les couches. Actuellement se pose le problème de leur conservation, le Parc du Luberon, gestionnaire de la Réserve Naturelle, envisage des solutions.

Sixième arrêt bis : point de vue sur Gignac et autre dalle à empreinte 

Sur le chemin du retour, une chenille poilue traverse la piste, il s’agit en fait d’un individu qui va aller se nymphoser. Alain Camard a pu la déterminer !
Il s’agit de la chenille de L’Ecaille villageoise avec l’adulte vue à St-Saturnin-lès-Apt.


Chenille de l’écaille villageoise
Ecaille villageoise

Septième arrêt : sur le chemin du retour

Galle lenticulaire sur feuille de chêne pubescent
(Neuroterus quercusbaccarum, hyménoptère)
Le chemin au milieu de chênes pubescents escalade des blocs de molasse du Miocène, que l’on retrouve en réemploi dans des murets, une borie... Ces formations présentent des couches superposées, alternant sable, galets et renfermant de nombreux fossiles.

On rencontre sur le parcours de nombreux et magnifiques lichens qui sont maintenant appelés Champignons lichénisés ainsi que d’autres fougères : des polypodes Polypodium cambricum et Christiane a récolté sur le chemin plusieurs escargots dont le Zonite d’Alger ou Helice peson, Zonites algirus très reconnaissable.

Xalocoa ocellata
Xanthoria parietina
Teloschistes chrysophthalmus
Polypodium cambricum


Zonite d’Alger ou Helice peson, Zonites algirus

Huitième arrêt : la fontaine du bas

Gérard nous fait découvrir une superbe mine d'eau dont l'accès vient justement d'être "restauré".


Photographies : Marie-Thérèse Ziano,  Edwige Hartmann,Stéphane Legal